
Il célébrerait encore le culte d’Eggkarte Téquïst, si ma communication avec Paris n’était établie à cet instant. La voix maussade du Vieux retentit. En fond sonore je perçois de la musique de danse. Doit y avoir fiesta à son hôtel particulier. Je me rends brusquement compte que mes préoccupations ne sont pas les siennes.
On pense jamais assez à son correspondant quand on tube à un gazier, surtout à des heures peu protocolaires. Egoïstement, on se le figure disponible, en quasi-attente de vous ; prêt à vous accueillir à pleines trompes d’Eustache. Tu parles !
— Qu’est-ce que c’est ? jette-t-il rudement.
— Ici San-Antonio, monsieur le directeur. J’espère que je ne vous importune pas trop ?
Son silence me glace la moelle ; un type qui ne répond pas à une question pareille, qui n’a pas la réaction banale, spontanée, de politesse, tu peux être certain que tes actions auprès de lui font du rase-mottes.
Je prends une goulée d’air climatisé et je repars.
— C’est à propos de votre ordre de mission que m’a remis Bérurier.
— Eh bien ?
— Figurez-vous que ce soir même…
Je lui bonnis l’histoire Maeleström, sans mentionner toutefois la particularité gastronomique du monsieur. Lorsque j’ai terminé, le Dirluche ne moufte pas. C’est tellement silencieux dans le combiné, que je m’y crois seulâbre.
— Allô ! Allô !
— Oui ? fait sa voix plus nordique que toute la Scandinavie.
— Que pensez-vous de ce hasard, monsieur le directeur ?
— Que deux personnes au moins ont envie de retrouver Borg Borïgm, mon vieux. C’est tout ?
Je bredouille un début de quelque chose qui peut passer soit pour une phrase en camerounais ancien, soit pour un gargarisme au citron chaud.
Le Dabe en profite pour me répondre « Bonsoir » et raccrocher.
J’en fais autant de mon côté.
Avoir le prix Nobel et se faire traiter comme un malpropre, t’admettras qu’il y a de quoi foutre sa démission, non ?
