
Bérurier qui vide son énième (au moins) scotch, murmure :
— Il doit être en panne de mazout, Pépère, ces temps-ci. Y a pas plus teigneux que lui.
Tout sur une merderie modèle plus quelques bricoles à propos d’un étrange meurtrier
Il faisait un délicat soleil d’hiver, le lendemain (qui à vrai dire n’était pas le lendemain, mais seulement le jour de la même nuit) lorsque notre taxi nous arrêta devant le perron de la majestueuse demeure.
Dans la blancheur irréelle de cette matinée, la maison du scatophage ressemblait à un conte d’Andersen.
En mieux.
Ses colonnes de marbre blanc n’étaient, dans le blanc ambiant, apparentes que par leurs ombres, et il se dégageait du paysage une telle harmonie que Béru et moi nous nous arrêtâmes, lui pour pisser, moi pour pleurer d’une noble et artistique émotion.
La gouvernante de la vieille répondit à la pression de mon index sur le clitoris de la sonnette. Elle ne comprenait pas le français et pour tout bagage linguistique charabiait un anglais entremêlé d’allemand. Ce dialecte lui suffit cependant pour nous expliquer que le délicat Maeleström visitait sa merderie, laquelle était située au fond du parc, entre le chenil et le potager à edelweiss.
Nous nous y rendîmes, d’abord parce que je tenais à rencontrer d’urgence mon hôte de la veille, ensuite parce que j’étais curieux de voir à quoi ressemblait sa fabrique alimentaire.
Elle se composait d’un agréable bâtiment, tout en longueur et généreusement vitré.
Un homme jeune et grave, d’un blond cendré, et dont la narine gauche s’ornait d’une très belle verrue de couleur mauve, nous reçut. Il était le chef-chieur de la merderie. Je le crus d’autant plus volontiers qu’il portait sur le visage le poids de son écrasante charge et qu’il en avait des traces sur les doigts ; aussi m’abstins-je de serrer la main qu’il me proposait et le suivis-je dans un dédale de couloirs vitrés.
