
Ayant absorbé, il se restitue au monde en rouvrant ses grands yeux de bovidé domestique.
— Ecoutez, m’sieur Mal-à-l’estom’, déclare l’oracle, de vouze à moi, ça ne vaudra jamais une perdrix aux choux ou des quenelles Nantua, mais je reconnais qu’a un certain quéqu’chose. La subtilité, c’est dans l’arrière-goût qu’é s’ loge. Je serai sûrement jamais fana, pourtant, je préférerais me convertir à c’te popote-là que de sombrer végétarien.
Et il retourne à son saumon.
Fumé.
— Parlons de l’affaire elle-même, reviens-je à mon Maeleström. Lorsque Borïgm a assassiné ces deux filles, il dirigeait l’institut depuis longtemps ?
— Quelques années.
— Il eut pendant cette période une attitude trouble avec ses pensionnaires ?
— Il paraît que non.
— Comment a-t-il expliqué son geste ?
— Etat second. D’après lui, cela venait de la Lune, car il est cancer. D’ailleurs, toujours selon ses dires, ce double meurtre figurait dans son thème astral.
— Vous croyez vous-même à l’astrologie, monsieur Maeleström ?
— Grand Dieu non !
Un instant, j’ai cru que là se trouvait le lien occulte (c’eût été le cas d’y dire) l’unissant au fugitif. Mais sa riposte spontanée m’en dissuade.
— Donc, on pourrait conclure de ses déclarations qu’il ne tournait pas très rond, n’est-ce pas ? Et cependant, le fait qu’il ait su déjouer les recherches de la police pendant des années indiquerait qu’il s’agit d’un garçon habile et rusé…
Le Gros qui a terminé ses toasts revient picorer sournoisement dans l’assiette de notre hôte.
— Au fait, il s’est fait la paire comment t’est-ce que ? questionne-t-il, la bouche pleine.
Je traduis à Maeleström qui, s’il parle couramment le français, ignore tout du bérurien moderne.
— Au cours du procès, explique-t-il, il y a eu une interruption d’audience pour permettre à la cour de se restaurer. Ses gardes l’ont conduit dans le local réservé aux accusés. Borg Borïgm a brusquement sorti un pistolet de sa poche. L’on a toujours ignoré la manière dont il se l’était procuré. Il a désarmé ses gardiens et il a quitté le palais de justice par une porte dérobée. A compter de cet instant, on perd sa trace.
