— Des enfants ?

— Non.

— Il dirigeait un institut ; dois-je comprendre qu’initialement il était dans l’enseignement ?

— Du tout.

— Sa profession ?

— Je l’ignore.

Maeleström paraissant sincère, je n’insiste pas. Il poursuit :

— Ce garçon était, depuis son plus jeune âge, passionné de spiritisme. Il prétendait avoir des visions. Il devint très lié avec le précédent directeur de l’institut Bhézodröm après un long échange de correspondance. Le bonhomme en question était un vieillard maladif qui mourut sans héritiers, léguant son pensionnat à Borïgm.

— Ensuite ?

— Ensuite, Borg Borïgm géra cet institut en homme très avisé. L’établissement prit un nouvel essor. Il serait probablement devenu un internat de jeunes filles aussi réputé que le collège de Bouffémont ou que le pensionnat des Oiseaux chez vous si son propriétaire n’avait perdu la tête…

Il se tait. Emet un « hmmmm » d’intense gourmandise comblée, et continue de piocher en silence dans son assiette.

— Monsieur Mal-à-l’estom’, l’interpelle Béru, v’ verriez-t-il un inconvénient à ce que je goûtassasse vot’ rata ? Vous prenez un tel panard en le bouffant que j’ me pose des questions.

— Mais au contraire ! Faites, mon bon, faites, faites ! empresse Maeleström, ravi à la perspective d’une possible conversion.

Il tend son assiette au Gravos qui minaude.

— J’ vas connaît’ vos pensées, m’sieur Mal-à-l’estom’ ! Juste un p’tit chouille, manière de m’informer le palais et les pupilles Gustave-six.

Il prend une forte portion du machin que vous savez, l’enfourne, mange…

Nous attendons, les yeux braqués sur sa mâchoire malaxeuse. Le Gros, tu le verrais : Bocuse goûtant les ris-de-veau de Verger, à la Barrière de Clichy.

Un gourmet. Taste-chose. Le cerveau en roue libre pour mieux se consacrer à son sens gustatif, lui laisser son complet libre arbitre.



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