
La dame pendante nous propose d’entrer dans un appartement que tu te croirais dans un vieux bordel des années 30, avec plein de pomponnures, de coussinades, de fauteuils aux accoudoirs d’acajou et de jolies poupées décoratives, merveilleusement folkloriques. Y a même des abat-jour en perles. Des godemichets exotiques. Et des pots de vaseline allemande pour se tartiner le fignedé avant réception.
Les deux femmes se mettent à charabier. Tu noteras que passe pour charabia tout moyen de communication auquel tu es incapable de participer.
Eggkarte se tourne vers nous, Béru et moi.
— Cette personne n’est pas Mme Cétesky, mais sa logeuse, me dit-elle.
— Où est Mme Cétesky ? demandé-je avec cette âpreté qu’une forte déception vous met dans la voix.
Ça resuédoise en duo.
Puis :
— Elle participe à une partouze motorisée dans l’ancien dépôt des autobus de Danlprözegatan.
— Qu’est-ce qu’une partouze motorisée, chère chérie ?
Elle n’a pas besoin de réclamer des explications à la dame. Elle sait.
— Dans un lieu approprié, des automobilistes se réunissent et font l’amour de voiture en voiture. Si le spectacle vous amuse, on peut y aller ?
— On va ! décisionne Béru, sans attendre mon acquiescement, comme ses fonctions somme toute subalternes l’exigent.
La nuit et la neige tombaient à qui mieux mieux lorsque nous parvînmes à ce vaste dépôt désaffecté de Danlprözegatan situé au fin fond de Frédérikdargatan, longue rue morose de la grande banlieue, célèbre pour ses fumeries d’opium et de saumon (l’odeur des secondes masquant celle des premières).
Le local mesurait un hectare carré, c’est vous dire…
Il était couvert d’une formidable verrière à travers laquelle on ne pouvait plus voir la lune à cause de la neige. Les phares d’un grand nombre d’automobiles, rassemblées là dans un désordre étonnant, l’illuminaient comme en pleine nuit une nationale de rentrée pascale.
