
Elle me répond que tout ce que je voudrai.
Un quartier modeste de Stockholm. Mais pas blet pour autant. En Suède, pays ultraprospère, ce qui correspond à nos bidonvilles est ici pourvu du chauffage central, d’ascenseurs, de vide-ordures. Simplement y a qu’une salle de bains par chambre et les robinets ne sont pas en platine.
L’immeuble de la personne dont on vient rendre visite est tout carrelé comme une pissotière de gare. Y a même des chouettes motifs au-dessus des portes et des fenêtres qui représentent des oiseaux de Paradis.
On appuie sur un bouton d’interphone et un organe féminin-très-grave ou masculin-pédale nous demande ce que nous voulons (du moins je le suppose à l’intonation, car ça fait, textuellement : « Vad önskar ni ? »). Eggkarte répond qu’on a quèque chose à dire à Eleska Cétesky. Alors la porte se décliquette et on entre dans un grand hall qui sent la soupe aux önomatöpés rouges (les meilleures). L’ascenseur est joli tout plein, avec des portes à petites vitres biseautées et des strapontins de velours verdâtre. Il ne roule pas vite à cause du verglas (ses poulies sont à clous et carcasses radiales pour l’hiver.)
Troisième étage.
Une belle fille rousse, d’une soixantaine damnée, nous guigne sur le pas de sa porte. Elle est dévêtue d’un peignoir ouvert et d’une culotte fermée. Ses tifs tombent comme de la filasse teintée sur ses épaules, lesquelles tombent elles-mêmes, sur ses seins qui chutent sur un ventre recouvrant le pubis dont les poils masquent les genoux aux rotules plongeantes. C’est pas une dame, c’est un saule pleureur. Y a que ses pieds qui soient à plat.
— Bonjour, madame Cétesky ! lui fait joyeusement la môme Eggkarte.
Cette apparition me trouble. J’imaginais pas l’ancienne femme de Borg Borïgm aussi canonique et décavée. Ou alors je m’explique qu’il l’ait jetée au bout de six mois de maridage.
