
– Plaît-il? demanda celui-ci, comme s'il n'eût entendu que l'interpellation qui lui était adressée et non les paroles précédant cette interpellation qui avaient été adressées au second bourgeois.
– Je dis qu'il n'y aura rien en Grève aujourd'hui.
– Je crois que vous vous trompez, et qu'il y aura l'écartèlement de Salcède, répondit tranquillement l'homme aux longs bras.
– Oui, sans doute; mais j'ajoute qu'il n'y aura aucun bruit à propos de cet écartèlement.
– Il y aura le bruit des coups de fouet que l'on donnera aux chevaux.
– Vous ne m'entendez pas. Par bruit j'entends émeute; or, je dis qu'il n'y aura aucune émeute en Grève: s'il avait dû y avoir émeute, le roi n'aurait pas fait décorer une loge à l'Hôtel-de-Ville pour assister au supplice avec les deux reines et une partie de la cour.
– Est-ce que les rois savent jamais quand il doit y avoir des émeutes? dit en haussant les épaules, avec un air de souveraine pitié, l'homme aux longs bras et aux longues jambes.
– Oh! oh! fit maître Miton en se penchant à l'oreille de son interlocuteur, voilà un homme qui parle d'un singulier ton: le connaissez-vous, compère?
– Non, répondit le petit homme.
– Eh bien, pourquoi lui parlez-vous donc alors?
– Je lui parle pour lui parler.
– Et vous avez tort; vous voyez bien qu'il n'est point d'un naturel causeur.
– Il me semble cependant, reprit le compère Friard assez haut pour être entendu de l'homme aux longs bras, qu'un des grands bonheurs de la vie est d'échanger sa pensée.
– Avec ceux qu'on connaît, très bien, répondit maître Miton, mais non avec ceux que l'on ne connaît pas.
– Tous les hommes ne sont-ils pas frères? comme dit le curé de Saint-Leu, ajouta le compère Friard d'un ton persuasif.
