
– C'est-à-dire qu'ils l'étaient primitivement; mais, dans des temps comme les nôtres, la parenté s'est singulièrement relâchée, compère Friard. Causez donc avec moi, si vous tenez absolument à causer, et laissez cet étranger à ses préoccupations.
– C'est que je vous connais depuis longtemps, vous, comme vous dites, et je sais d'avance ce que vous me répondrez, tandis qu'au contraire peut-être cet inconnu aurait-il quelque chose de nouveau à me dire.
– Chut! il vous écoute.
– Tant mieux, s'il nous écoute; peut-être me répondra-t-il. Ainsi donc, monsieur, continua le compère Friard en se tournant vers l'inconnu, vous pensez qu'il y aura du bruit en Grève?
– Moi, je n'ai pas dit un mot de cela.
– Je ne prétends pas que vous l'ayez dit, continua Friard d'un ton qu'il essayait de rendre fin; je prétends que vous le pensez, voilà tout.
– Et sur quoi appuyez-vous cette certitude? seriez-vous sorcier, monsieur Friard?
– Tiens! il me connaît! s'écria le bourgeois au comble de l'étonnement, et d'où me connaît-il?
– Ne vous ai-je pas nommé deux ou trois fois, compère? dit Miton en haussant les épaules comme un homme honteux devant un étranger du peu d'intelligence de son interlocuteur.
– Ah! c'est vrai, reprit Friard, faisant un effort pour comprendre, et comprenant, grâce à cet effort; c'est, sur ma parole, vrai; eh bien! puisqu'il me connaît, il va me répondre. Eh bien! monsieur, continua-t-il en se retournant vers l'inconnu, je pense que vous pensez qu'il y aura du bruit en Grève, attendu que si vous ne le pensiez pas vous y seriez, et qu'au contraire vous êtes ici… ha!
Ce ha! prouvait que le compère Friard avait atteint, dans sa déduction, les bornes les plus éloignées de sa logique et de son esprit.
