
– Ce n'est pas répondre, duc.
– C'est cependant la seule réponse que je puisse faire à Votre Altesse.
– Voyons, prouvez-moi que j'ai tort; je ne demande pas mieux que de me rendre à votre avis.
– Monseigneur, voyez l'armée du prince d'Orange, elle était vôtre, n'est-ce pas? Eh bien! au lieu de camper avec vous devant Anvers, elle est dans Anvers, ce qui est bien différent; voyez le Taciturne, comme vous l'appelez vous-même: il était votre ami et votre conseiller; non seulement vous ne savez pas ce qu'est devenu le conseiller, mais encore vous croyez être sûr que l'ami s'est changé en ennemi; voyez les Flamands: lorsque vous étiez en Flandre, ils pavoisaient leurs barques et leurs murailles en vous voyant arriver; maintenant ils ferment leurs portes à votre vue et braquent leurs canons à votre approche, ni plus ni moins que si vous étiez le duc d'Albe. Eh bien! je vous le dis: Flamands et Hollandais, Anvers et Orange n'attendent qu'une occasion de s'unir contre vous, et ce moment sera celui où vous crierez feu à votre maître d'artillerie.
– Eh bien! répondit le duc d'Anjou, on battra du même coup Anvers et Orange, Flamands et Hollandais.
– Non, monseigneur, parce que nous avons juste assez de monde pour donner l'assaut à Anvers, en supposant que nous n'ayons affaire qu'aux Anversois, et que tandis que nous donnerons l'assaut, le Taciturne tombera sur nous sans rien dire, avec ces éternels huit ou dix mille hommes, toujours détruits et toujours renaissants, à l'aide desquels depuis dix ou douze ans il tient en échec le duc d'Albe, don Juan Requesens et le duc de Parme.
– Ainsi, vous persistez dans votre opinion?
– Dans laquelle?
– Que nous serons battus.
– Immanquablement.
