Isaac Asimov

Les robots de l’aube

I. Baley

1

Elijah Baley s’était arrêté dans l’ombre d’un arbre et il marmonnait à part lui :

— Je le savais ! Je transpire.

Il se redressa, essuya d’un revers de main son front en sueur et regarda avec dégoût l’humidité qui la recouvrait.

— J’ai horreur de transpirer ! déclara-t-il tout haut, comme s’il émettait une loi cosmique.

Et, une fois de plus, il en voulut à l’Univers d’avoir créé une chose à la fois essentielle et déplaisante. Dans la Ville, où la température et l’humidité étaient parfaitement contrôlées, où le corps n’avait jamais absolument besoin de fonctionner de telle sorte que la production de chaleur était plus importante que le rafraîchissement, on ne transpirait jamais (à moins de le vouloir, bien entendu).

Ça, au moins, c’était civilisé.

Il se tourna vers le champ, vers un groupe d’hommes et de femmes plus ou moins à sa charge. Ils étaient jeunes pour la plupart, des adolescents, mais il y avait quelques personnes d’âge moyen, comme lui. Ils binaient maladroitement et se livraient à d’autres tâches réservées aux robots, et que les robots auraient exécutées beaucoup plus efficacement s’ils n’avaient reçu l’ordre de se tenir à l’écart et d’attendre pendant que les êtres humains s’exerçaient obstinément.

Il y avait quelques nuages dans le ciel, et le soleil, à ce moment, était caché. Baley, incertain, leva les yeux. D’un côté, cela signifiait que la chaleur directe du soleil (et la transpiration) serait atténuée. Etait-ce, d’autre part, un signe de pluie ?

C’était ça l’ennui, avec l’Extérieur. On vacillait sans cesse entre deux possibilités désagréables.

Baley était toujours stupéfait qu’un nuage relativement petit puisse recouvrir complètement le soleil et assombrir la terre d’un horizon à l’autre, tout en laissant le reste du ciel tout bleu.



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