— Ce n’est pas une question de droit, papa. C’est une affaire de surmenage.

— Je me sens très bien, je te dis.

— C’est ça et dès que tu seras à la maison, tu iras tout droit te coucher et tu resteras dans le noir.

— C’est l’antidote naturel contre l’excès de lumière.

— Et maman se fait du souci.

— Eh bien, laisse-la s’en faire. Ça lui fera du bien. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il y a de mal, à être dehors ? Le pire, c’est que je transpire, mais il va bien falloir que je m’y habitue. Je ne peux pas y échapper. Quand j’ai commencé, je ne pouvais même pas venir aussi loin de la Ville sans être obligé de faire demi-tour et tu étais le seul avec moi. Maintenant, regarde combien nous sommes et jusqu’où je peux venir sans peine ! Et je peux faire pas mal de travail, aussi. Je peux rester encore une heure. Facile. Je te dis, Ben, ça ferait du bien à ta mère de sortir elle-même.

— Quoi ? Maman ? Tu plaisantes !

— Une sacrée plaisanterie. Quand le moment viendra de décoller, je ne pourrai pas y aller parce qu’elle en sera incapable.

— Et toi aussi ! Ne te fais pas d’illusions, papa. Ce ne sera pas avant un bon bout de temps et si tu n’es pas trop vieux maintenant, tu le seras alors. Ça va être une aventure pour les jeunes.

— Tu sais, dit Baley en crispant à demi les poings, tu commences à me casser les pieds avec tes « jeunes ». Est-ce que tu as déjà quitté la Terre ? Est-ce qu’un de ces gars, là dans le champ, l’a quittée ? Moi si ! Il y a deux ans. C’était avant que j’aie eu cette acclimatation et j’ai survécu.

— Je sais, papa, mais c’était bref, et c’était en service commandé, une société montante veillait sur toi. Ce n’est plus la même chose.

— Mais si, c’est pareil, répliqua obstinément Baley, en sachant au fond du cœur que tout avait changé. Et ce ne sera pas si long avant que nous puissions partir. Si je pouvais obtenir l’autorisation d’aller à Aurora, nous aurions vite fait de mettre ce cirque en route.



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