— Pourquoi ? Parce que j’ai quarante-cinq ans et que tu n’es qu’un morveux de dix-neuf ans ? Tu te figures que tu dois prendre soin de ton vieux père gâteux, hein ?

— Ma foi, dit Ben, il y a un peu de ça. Et bravo pour ton petit travail de détective. Tu vas droit au but, on dirait.

Il souriait largement. Il avait une figure ronde, des yeux pétillants. Il tient beaucoup de Jessie, pensa Baley, beaucoup de sa mère. La figure du garçon n’avait rien de la longueur et de la gravité de celle de Baley.

Et pourtant, il avait la tournure d’esprit de son père. Il prenait parfois un air grave, une expression sérieuse, prouvant son origine absolument légitime.

— Je vais très bien, déclara Baley.

— C’est sûr, papa. Tu es le meilleur de nous tous, compte tenu…

— Compte tenu de quoi ?

— De ton âge, bien sûr. Et je n’oublie pas que c’est toi qui as commencé tout ça. Mais quand même, je t’ai vu venir te mettre à l’ombre et je me suis dit… Eh bien, je me suis dit, le vieux en a peut-être assez.

— Je m’en vais t’en donner, du vieux ! protesta Baley.

Le robot qu’il avait aperçu du côté de la Ville était maintenant assez près pour être nettement distingué mais Baley le jugea négligeable. Il continua de parler à son fils :

— C’est raisonnable de se mettre sous un arbre de temps en temps, quand le soleil est trop éclatant. Nous devons apprendre à profiter des avantages de l’Extérieur et à en supporter les inconvénients… Et voilà le soleil qui sort de derrière ce nuage.

— Oui, c’est normal… Bon, alors ? Tu ne veux pas rentrer ?

— Je peux tenir encore un moment. Une fois par semaine, j’ai un après-midi de congé et je le passe ici. C’est mon droit, ça fait partie de ma classe C-7.



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