Charles Perrault qui, vers 1660, eut le mérite de composer la première biographie de ce seigneur justement remarquable pour avoir épousé sept femmes, en fit un scélérat accompli et le plus parfait modèle de cruauté qu’il y eût au monde. Mais il est permis de douter, sinon de sa bonne foi, du moins de la sûreté de ses informations. Il a pu être prévenu contre son personnage. Ce ne serait pas le premier exemple d’un historien ou d’un poète qui se plaît à assombrir ses peintures. Si nous avons de Titus un portrait qui semble flatté, il parait, au contraire, que Tacite a beaucoup noirci Tibère. Macbeth, que la légende et Shakespeare chargent de crimes, était en réalité un roi juste et sage. Il n’assassina point par trahison le vieux roi Duncan. Duncan, jeune encore, fut défait dans une grande bataille et trouvé mort le lendemain en un lieu nomme la Boutique de l’Armurier. Ce roi avait fait périr plusieurs parents de Gruchno, femme de Macbeth. Celui-ci rendit l’Écosse prospère; il favorisa le commerce et fut regardé comme le défenseur des bourgeois, le vrai roi des villes. La noblesse des clans ne lui par donna ni d’avoir vaincu Duncan, ni de protéger les artisans: elle le détruisit et déshonora sa mémoire. Après sa mort le bon roi Macbeth ne fut plus connu que par les récits de ses ennemis. Le génie de Shakespeare imposa leurs mensonges à la conscience humaine. Depuis longtemps je soupçonnais que la Barbe-Bleue était victime d’une fatalité semblable. Toutes les circonstances de sa vie, telles que je les trouvais rapportées, étaient loin de contenter mon esprit et de satisfaire ce besoin de logique et de clarté qui me dévore incessamment. J’y découvrais, à la réflexion, des difficultés insurmontables. On voulait trop me faire croire a la cruauté de cet homme pour ne pas m’en faire douter.


Ces pressentiments ne me trompaient point.



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