Quelques heures plus tard, la malheureuse dame y fut trouvée morte par un serviteur du château et l’effroi qu’inspirait cette chambre s’en accrut. La pauvre Barbe-Bleue, apprenant d’un coup son abondant déshonneur et la fin tragique de sa femme, ne se consola pas de ce second malheur en considération du premier. Il aimait Blanche de Gibeaumex d’une ardeur singulière et plus chèrement qu’il n’avait aimé Jeanne de la Cloche, Gigonne Traignel et même Colette Passage. A la nouvelle qu’elle l’avait trompé avec constance et qu’elle ne le tromperait plus jamais, il ressentit une douleur et un trouble qui, loin de s’apaiser, redoublaient chaque jour de violence. Ses souffrances étant devenues intolérables, il en contracta une maladie qui fit craindre pour ses jours.


Les médecins, ayant employé divers médicaments sans effet, l’avertirent que le seul remède convenable à son mal était de prendre une jeune épouse. Alors il songea à sa petite cousine Angèle de la Garandine, qu’il pensait qu’on lui accorderait volontiers, parce qu’elle n’avait pas de bien. Ce qui l’encourageait à la prendre pour femme, c’est qu’elle passait pour simple et sans connaissance. Ayant été trompé par une femme d’esprit, une sotte le rassurait. Il épousa mademoiselle de la Garandine et s’aperçut de la fausseté de ses prévisions. Angèle était douce, Angèle était bonne, Angèle l’aimait; elle n’était pas d’elle-même portée au mal, mais les moins habiles l’y induisaient facilement a toute heure. Il suffisait de lui dire: «Faites ceci de peur des oripeaux; entrez ici de crainte que le loup-garou ne vous mange»; ou bien encore: «Fermez les yeux et prenez ce petit remède»; et aussitôt l’innocente, faisait au gré des fripons qui voulaient d’elle ce qu’il était bien naturel d’en vouloir, Car elle était jolie.



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