San-Antonio

Les souris ont la peau tendre

Sans hésiter, j’emboîte le pas à la jeune fille. Tout en lui filant le train j’étudie sa géographie. Oh, pardon ! Quand on a vu une gamine de ce gabarit une fois, qu’est-ce qu’il doit falloir avaler comme aspirine, pour l’oublier !

INTRODUCTION

Un officier d’ordonnance maigre comme un rayon de vélo, à l’œil bleu-des-mers-du-Sud et à la moustache en brosse à cils m’introduit dans le bureau du major Parkings (des services secrets britanniques).

Parkings est un solide quinquagénaire qui ressemble à une gravure anglaise. Il est roux, grisonnant et a le teint rouge brique.

— Commissaire San-Antonio, fait-il. Heureux de vous connaître.

Je m’assieds dans un fauteuil profond comme une mine de charbon et je croise les jambes, attentif.

— Votre demande m’est parvenue, enchaîne-t-il. Ainsi il paraît que vous vous ennuyez en Angleterre ?

— Un peu, oui. Je ne veux pas dire que le bled soit tartouze, mais en temps de guerre…

Il sourit, me contemple un long moment ; puis, soudain grave, il questionne :

— Connaissez-vous la Belgique ?

Première partie

CHAPITRE PREMIER

La mer du Nord a une vilaine couleur gris tubard lorsque je parviens à La Panne, après avoir marché pendant deux bonnes heures à travers les dunes.

J’ai du sable plein mes galoches, plein les revers de mon grimpant, plein les yeux et peut-être qu’à l’autopsie on en dénicherait suffisamment dans mes poumons pour reconstruire l’Opéra de Berlin. Ça craque sous mes dents, comme de la pâtisserie d’Occupation. J’ai horreur de cela, aussi je décide de m’expédier un demi de gueuze au bon endroit, histoire de me rincer le tube digestif. De toute façon — même sans ce sable envahissant — j’aurais pris une décision de cet ordre.



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