
Mon esprit vagabond imagine des trucs tous plus sensationnels les uns que les autres. Je me vois sur la Côte d’Azur, aux côtés de cette gamine, en train de lui roucouler des machins tellement glands qu’un veau de trois mois en pleurerait…
Mais le rêve a une consistance trop fragile. Le mien ne tient pas le coup longtemps. Surtout qu’il se produit une drôle de diversion dans le secteur. Oh pardon !
Venant de la terrasse, une salve de mitraillette retentit. La vitrine dégringole avec fracas et la môme X… pique le nez dans son assiette. Les Frisés se lèvent en gueulant comme s’ils voyaient déboucher un régiment de Tommies. C’est la confusion, la grande pagaïe, le toutim des toutims, le chabanais du diable, le grand bidule ! Des soldats chleuhs rappliquent et se mettent devant la porte. Les serveurs se cachent derrière le comptoir. Le cuistot, dans sa cuisine, a dû se planquer dans la huche à pain, mais je ne prête qu’une attention discrète à ce branle-bas de combat. Ce qui m’intéresse, c’est la pauvre môme. Elle est l’unique victime de l’agression et elle semble avoir son compte !
CHAPITRE III
Je comprends vite qu’il va y avoir du grabuge. Mais cette fois, il viendra des Allemands. Ceux-ci n’ont pas dû morfiller qu’on vienne jouer la bataille de Waterloo dans les estancos où ils consomment. Aucun des leurs n’a été tué ; n’empêche qu’ils croient dur comme fer que c’est à leur bande de pieds nickelés qu’en avait l’homme au yukulélé. Le restaurant s’emplit de gars de la feld-gendarmerie qui n’ont pas l’air de vouloir plaisanter. Avec leur plaque sur le buffet et leur grande gueule, ils sont sur les dents.
