Plus loin s’étendaient d’autres champs, des gravières – de bons endroits pour la pêche, pour les gnomes qui aimaient ce genre d’activité -, et ensuite c’était l’aéroport.

L’été, Masklinn avait passé des heures à observer les avions. Ils roulaient sur le sol, avait-il constaté, avant de monter brusquement, comme les oiseaux, de devenir de plus en plus petits et de disparaître.

Son gros souci, c’était ça. Masklinn, assis sur son caillou préféré, sous la pluie qui commençait à tomber, se mit à s’en inquiéter. Il avait tellement de soucis, ces temps-ci, qu’il était obligé de les ranger en piles. Mais le plus gros restait au-dessus de la pile : celui-là.

Ils devraient aller là où partaient les avions. Le Truc le lui avait dit, à l’époque où il parlait encore. Les gnomes étaient descendus du ciel. D’au-dessus du ciel, en fait, ce qui était un peu difficile à comprendre, parce que, soyons logiques, la seule chose qu’on trouvait au-dessus du ciel, c’était forcément encore du ciel. Et ils devaient rentrer chez eux. C’était leur… Un mot qui commençait par un d… Densité, voilà. Leur densité. Ils avaient eu un monde tout à eux, autrefois. Et, allez savoir comment, ils s’étaient retrouvés coincés ici. Mais – et voilà où le bât blessait – leur machin, leur vaisseau, cet aéroplane qui volait dans le ciel d’au-dessus, entre les étoiles, se trouvait toujours quelque part là-haut. Les premiers gnomes l’avaient abandonné en descendant dans un petit vaisseau qui s’était écrasé, et ils n’avaient jamais pu rentrer.

Et seul Masklinn savait ça.

L’ancien Abbé, celui qui avait précédé Gurder, était au courant. Grimma, Dorcas et Gurder avaient appris une partie de l’histoire. Mais ils avaient des tas de préoccupations et étaient d’un naturel pratique. Il y avait tant de choses à mettre en ordre, ces temps-ci.



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