
Tout le monde était en train de s’installer, voilà tout. On va faire de cet endroit notre petit monde, exactement comme dans le Grand Magasin, comprit soudain Masklinn. Ils avaient tous pris le toit pour un ciel ; désormais, le ciel serait leur toit.
On restera ici et…
Un camion remontait la petite route menant à la carrière. Le fait était tellement incongru que Masklinn s’aperçut qu’il avait observé le véhicule un moment avant de comprendre ce qu’il voyait.
— Personne ne montait la garde ! Pourquoi personne ne montait-il la garde ? J’avais dit qu’il devait y avoir en permanence quelqu’un qui monte la garde !
Une demi-douzaine de gnomes se hâtaient à travers les bruyères desséchées en direction du portail de la carrière.
— C’était le tour de Sacco, grommela Angalo.
— C’est même pas vrai ! siffla Sacco. Souviens-toi, hier, tu m’as demandé d’échanger parce que…
— Je me fiche de savoir de qui c’était le tour ! tonna Masklinn. Il n’y avait personne là-bas ! Et il aurait dû y avoir quelqu’un ! On est d’accord ?
— Désolé, Masklinn.
— Oui… euh… désolé, Masklinn.
Ils escaladèrent une bosse et s’aplatirent derrière une touffe d’herbe jaunie.
C’était un camion de petite taille, comparé à la moyenne des camions. Un humain en était déjà descendu et s’affairait contre le portail qui menait à la carrière.
— C’est une Land Rover, annonça Angalo avec une certaine suffisance.
Avant le Grand Exode, il avait passé beaucoup de temps, dans le Grand Magasin, à lire tout ce qu’il pouvait dénicher sur les véhicules. Il les adorait.
— En fait, ce n’est pas vraiment un camion, c’est plutôt fait pour transporter les humains sur…
— L’humain est en train de coller quelque chose sur le portail, interrompit Masklinn.
— Sur notre portail, renchérit Sacco, scandalisé.
— C’est bizarre, ça, jugea Angalo.
