Les autres gnomes se massèrent pour mieux voir. Le panorama s’étendait effectivement sur des kilomètres. C’était son trait le plus horrible. Sur trois côtés, la carrière avait des parois rocailleuses, abruptes comme il le fallait, mais sur le dernier côté… Eh bien, il fallait s’habituer à ne pas regarder par là. Il y avait trop de rien, et on se sentait encore plus petit, plus vulnérable que d’habitude.

Si le sens du papier n’était pas clair, l’affaire s’annonçait sous des auspices inquiétants.

— La carrière est un trou dans le sol, fit observer Dorcas. On ne peut pas rouvrir un trou, sauf si on l’a bouché auparavant. C’est la logique même.

— Une carrière est un endroit d’où on tire des pierres, intervint Grimma. Les humains font souvent ça. Ils creusent un trou et ils utilisent les pierres pour faire… euh… des routes, des choses dans ce genre.

— Tu as encore dû lire ça quelque part, je me trompe ? demanda Gurder sur un ton acide.

Il soupçonnait Grimma de n’avoir aucun respect pour l’autorité. Il trouvait également excessivement ennuyeux que, contrevenant à tous les handicaps de son sexe, elle sache mieux lire que lui.

— En fait, c’est bien le cas, répondit Grimma en secouant la tête.

— Mais tu vois quand même qu’il n’y a plus de pierres ici, Grimma ? intervint Masklinn sur un ton patient. C’est pour ça qu’il y a un trou.

— Judicieuse remarque, souligna sévèrement Gurder.

— Eh bien ! il va l’agrandir, ce trou explosa Grimma. Regarde les falaises, là-bas (obéissants, ils les contemplèrent), elles sont en pierre ! Et regarde ici (toutes les têtes pivotèrent vers son pied qui martelait furieusement le papier). Il dit que c’est pour une extension de la voie rapide ! C’est une route ! Il va agrandir la carrière ! Notre carrière ! Voilà ce que ça veut dire !



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