
L’homme regagna son véhicule d’une allure de somnambule, cette démarche lente et lourde qui caractérisait les humains. L’engin finit par faire demi-tour et par s’en aller dans un grondement.
— Il est venu jusqu’ici coller un bout de papier sur le portail, constata Angalo. Les humains, je vous jure…
Masklinn fronça les sourcils. Les humains étaient gros et bêtes, la chose était entendue, mais il semblait impossible de les arrêter et leur vie paraissait régie par les bouts de papier. Dans le Grand Magasin, c’est un bout de papier qui avait décrété la démolition, et ça n’avait pas raté : le Grand Magasin avait bel et bien été démoli. On ne pouvait pas faire confiance aux humains, dès que les bouts de papier entraient en scène.
Masklinn montra du doigt le grillage rouillé, facile à escalader pour un gnome agile.
— Sacco, il vaut mieux que tu ailles le décrocher.
À des kilomètres de là, un autre bout de papier claquait sur une haie. Des gouttes de pluie frappèrent ses textes décolorés par le soleil, mouillant le papier jusqu’à ce qu’il s’alourdisse, s’imbibe et…
… s’arrache à la haie.
Il tomba mollement sur l’herbe, libre. Une brise le fit frissonner.
2
III. Mais il y eut un Signe, et les gens s’interrogèrent : Qu’est-ce donc que cela ?
IV. Et cela n’était point bon.
Gurder progressait à quatre pattes sur le papier qu’on avait décroché du portail.
— Évidemment que je sais le lire, fit-il. Je connais le sens de chaque mot.
— Eh bien alors ? demanda Masklinn.
Gurder parut embarrassé.
— C’est le sens des phrases qui soulève quelques difficultés d’interprétation. Ça dit ici… Où est-ce que c’était ?… Ah, oui ! On dit ici que la carrière va être à nouveau ouverte. Qu’est-ce que ça veut dire ? Elle est déjà ouverte. Il ne faut pas être bien malin pour le constater ; ça se voit à des kilomètres.
