Six mois s’écoulèrent…


Voici l’histoire de l’Hiver.

L’histoire de la Grande Bataille.

L’histoire de l’éveil de Jekub, le Dragon sur la Colline, avec ses yeux qui ressemblaient à de grands yeux, sa voix qui ressemblait à une grande voix, et ses dents qui ressemblaient à de grandes dents.

Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là.

Elle n’a pas commencé là non plus.


Du ciel soufflaient la bourrasque et la tempête. Le vent s’était changé en un mur qui balayait la campagne, un géant qui piétinait la terre. Les plus petits arbres ployaient, les plus grands se brisaient. Les dernières feuilles d’automne chuintaient dans l’air comme des balles perdues.

Le grand dépotoir à proximité des gravières était désert. Les mouettes qui y patrouillaient d’habitude étaient allées se mettre à l’abri quelque part ailleurs, mais le mouvement n’y manquait pas.

Le vent s’acharnait sur la décharge comme s’il nourrissait une rancune personnelle contre les vieux cartons de lessive et les chaussures abandonnés. Les boîtes de conserve roulaient au creux des ornières et tintinnabulaient de façon lamentable, tandis que des détritus plus légers s’envolaient et se joignaient au désordre des cieux.

Et toujours le ciel fouaillait le tas. Des papiers frissonnèrent un moment, avant d’être empoignés et emportés sauvagement.

Enfin, un morceau qui claquait au vent depuis des heures finit par s’arracher et prendre son essor dans l’air sonore. Il ressemblait à un gros oiseau aux ailes embryonnaires.

Regardez-le tournoyer…

Une barrière s’en saisit, mais ça ne dure pas. La moitié du papier s’arrache et, plus léger d’autant, il cabriole sur les sillons du champ derrière…



3 из 139