Ajao fut empoigné une fois de plus et traîné dans la neige. Sans avoir besoin de se retourner, il était sûr que Leg-Wot subissait le même traitement. Yoninne avait-elle été grièvement blessée ? Était-elle inconsciente, ou pire encore ?

Ils s’arrêtèrent et Bjault se mit debout. Il aperçut une cuve qui rappelait un chaudron en fer et pouvait mesurer deux mètres de diamètre. Elle était suspendue à un lourd trépied formé de poutres et, sous le récipient, un soldat s’efforçait d’entretenir un feu de brindilles. Avec un brusque frisson de peur, Ajao devina que le chaudron était rempli d’eau. Il se débattit frénétiquement afin d’échapper à son gardien, mais l’homme possédait une carrure appropriée à la pesanteur de l’astre et Ajao fut jeté à terre d’un simple revers de la main. « Si tu ne tiens pas à souffrir, Profane, tu ferais mieux de grimper là-dedans. » Le soldat ajouta alors une touche supplémentaire d’invraisemblance à toute la scène : s’étant retourné, il gravit l’étroite échelle de bois qui montait par dessus les flammes jusqu’au rebord du chaudron et sauta à l’intérieur avec un grand bruit d’éclaboussure.

Bjault demeura interdit pendant un bon moment, mais quelqu’un le poussa brutalement par-derrière. « Tu as entendu, Profane. Va ! » Il s’avança et escalada maladroitement les échelons resserrés. Derrière lui, un autre soldat tirait le long de l’échelle la femme, qui ne se débattait plus que faiblement. Ajao s’arrêta au bord du chaudron et regarda à l’intérieur, mais il ne vit tout d’abord rien. Puis il entendit la voix de l’homme qui avait sauté dans la cuve. « Iou, l’eau est froide ! J’aurais dû attendre que le feu ait pris. » L’indigène se retenait au bord du chaudron et seule sa tête dépassait de l’eau. « Sautez, vous deux. Plus tôt vous serez dedans, plus vite vous en sortirez. »

Bjault voulut franchir le rebord, mais la neige qui s’y était amoncelée était glissante et il tomba gauchement à l’eau.



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