Cette visite avait beaucoup d’importance pour Parapfu Moragha. Et voilà que surgissait un nouveau problème ; la vie était vraiment trop mal faite ! D’un autre côté — et, à cette idée, le préfet se dérida — au cas, cependant peu probable, où des ressortissants du Pays des Neiges se trouveraient à proximité de la ville, leur découverte par ses soins à la veille de la visite impériale représenterait une véritable aubaine… Même si, pour obtenir un pareil succès, il fallait traiter avec la Guilde.

« Eh bien », dit-il d’un ton maussade à l’adresse de Thengets del Prou, « consentez-vous à sonder pour nous ce secteur ? »

Prou étendit paresseusement ses longues jambes en direction du trône de Moragha. « Vous savez bien que la Guilde ne tient pas à s’immiscer dans les différends entre royaumes.

— Mais nous ne savons pas au juste ce que Hugo a vu là-haut, dit Lagha.

— C’est vrai », reconnut l’homme de la Guilde. « Fort bien, seigneur préfet, j’accepte le travail. La commission de la Guilde sera de cent impériaux. »

Moragha sursauta. C’était dix fois le montant de la rétribution habituelle. « Bon, allez-y. »

Prou hocha la tête, ferma les yeux et adopta une attitude encore plus détendue. Un long silence s’établit pendant que le jeune homme au teint basané projetait son esprit à une très grande distance du palais. Moragha ferma les yeux à son tour, car il s’était toujours flatté de posséder le même Talent. Il pouvait aisément reconnaître la densité de la roche et de l’air au-delà des murs du palais. Les ouvriers avaient disposé le dallage extérieur du bâtiment suivant un habile agencement de densités variées, et chaque partie de ce dessin lui était clairement perceptible. Il parvenait également à sonder plusieurs bassins de transit de la région, mais les intervalles les séparant demeuraient troubles, et il n’arrivait jamais à situer réellement ceux-ci dans l’espace sans s’y rendre en personne.



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