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L’essayeur du tailleur Ma-yo-wung ne parlait pas plus de dix mots d’anglais et voulait à tout prix couper à Malko des costumes à l’italienne. Pour lui c’était le comble de l’élégance. Depuis une demi-heure, c’était un dialogue de sourd. Impavide, le Chinois répétait :
— Very good, sir, very good, en montrant une veste cintrée comme une guêpière.
Malko allait abandonner, quand il croisa le regard malicieux d’une petite fille, une Chinoise aux longs cheveux retenus par un bandeau, vêtue d’un chemisier blanc et d’une jupe plissée bleu marine, un gros paquet de cahiers sur les bras. Elle échangeait des remarques à voix basse avec une fillette de son âge, ponctuées de fous rires étouffés.
Visiblement, les démêlés de Malko les amusaient beaucoup.
— Pouvez-vous me venir en aide, mademoiselle, si vous parlez anglais ? demanda Malko avec son sourire le plus charmeur.
La Chinoise se tut, d’abord confuse. Mais elle parlait anglais assez bien. Très vite l’essayage prit une autre tournure. Avec de petites phrases courtes, incompréhensibles pour Malko, la jeune Chinoise fit abandonner la coupe italienne au tailleur.
Lorsque tout fut enfin terminé, Malko remercia chaleureusement. Son interprète clignait des yeux, très intimidée.
— Comment vous appelez-vous ? demanda-t-il.
— Po-yick.
Elle épela. Elle ponctuait chacune de ses phrases de fous rires nerveux, ne cessant de dévisager Malko du coin de l’œil, fascinée par ses cheveux blonds et ses yeux dorés.
— Eh bien ! Po-yick, proposa Malko, je vous offre un ice-cream à la cafétéria du Hilton, pour vous remercier de m’avoir si bien aidé.
La jeune fille refusa avec horreur, comme si Malko lui avait proposé une orgie sexuelle à dix-sept. Quand il l’eut poussée dans ses derniers retranchements, elle avoua enfin qu’elle serait très heureuse qu’il jetât un coup d’œil sur sa version anglaise… Et puisqu’elle refusait la cafétéria, ils transigèrent pour le hall du Hilton, lieu moins exposé aux perversions. Comme par miracle, l’amie avait disparu. Po-yick entra dans le grand hôtel, les yeux baissés, l’air affreusement gêné. Malko en riait tout seul. Il remarqua une petite étoile rouge épinglée sur le chemisier blanc.
