— Il faut que je m’en aille.

— Je m’en vais aussi, dit Malko. Partons ensemble.

Il avait juste le temps d’aller cueillir Cheng Chang à Kai-tak.

En rangeant ses cahiers, Po-yick demanda timidement :

— Pourquoi êtes-vous venu à Hong-Kong ?

Quand il expliqua qu’il venait repérer les lieux de tournage d’un film, les yeux de la Chinoise brillèrent d’excitation :

— Vous m’emmènerez quand vous tournerez vraiment ?

— Bien sûr, promit Malko.

Ce ne serait pas pour demain…

Oubliant son envie de partir, elle l’assaillit de questions sur Hollywood, sur les acteurs. Elle connaissait le box-office aussi bien que les pensées de Mao. Avec une prédilection pour Steve MacQueen.

— J’ai caché une photo de lui dans mes cahiers, expliqua-t-elle, ma mère serait furieuse si elle savait que j’admire un acteur impérialiste. Nous sommes de bons communistes dans la famille. J’admire beaucoup le président Mao, ajouta-t-elle vivement avec une moue grave.

Malko sourit : à cause de lui cette bonne communiste hantait le Hilton, lieu de perdition de la société capitaliste ! Il regarda sa montre discrètement, et dit :

— Je n’ai pas le temps de bavarder maintenant, je vais à Kai-tak chercher un ami.

Po-yick trottinait près de lui.

— Vous voulez bien me déposer près de chez moi, à Kowloon ? demanda-t-elle. Je suis très en retard.

Gentiment, il lui prit le bras dans l’escalator juste au moment où montait un Américain en civil, le crâne rasé. Il eut un haut-le-corps horrifié devant le spectacle de cette nymphette pendue au bras d’un homme de vingt-cinq ans son aîné. Et avec des socquettes blanches ! Dans certains États américains on aurait envoyé Malko à la chambre à gaz pour une pareille atteinte aux bonnes mœurs…

Malko avait garé la Volkswagen louée le matin à l’hôtel, près des six pousse-pousse verts rangés devant l’hôtel.



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