Ils allaient rarement plus loin que le coin de Queen’s Road et de Garden Road, servant surtout aux photographies des touristes. Accroupis par terre, les coolies-pousses suivirent Malko et Po-yick d’un œil cynique.

Po-yick se glissa près de Malko et posa ses cahiers par terre puis croisa sagement ses mains sur ses genoux. Malko atteignit l’embarcadère du Star-Ferry en trois minutes. Des gamins pieds nus vendaient le Hong-Kong Standard. Malko embarqua la voiture sur le pont inférieur et ouvrit la portière. Le vent frais de la mer lui fouettait agréablement le visage. Po-yick le rejoignit. Déjà le ferry s’ébranlait. La traversée ne durait pas plus de dix minutes. Il frôla une jonque godillée frénétiquement par une Chinoise au visage sans âge en large pantalon traditionnel. Une lampe à pétrole se balançait à l’arrière en guise de feu de position.

Soudain, Malko aperçut un paquet posé par terre près de la voiture. De la taille d’une boîte à chaussures. Un picotement désagréable lui parcourut le bout des doigts. Il désigna l’objet à Po-yick :

— Regardez ! Si c’était une bombe ?

La Chinoise éclata d’un rire frais, avant de donner un coup de pied dans la boîte :

— Non, il n’y a jamais de bombes sur les ferries ! Malko haussa les sourcils.

— Pourquoi ?

— Parce qu’ils appartiennent tous à des amis du peuple.

En bon anglais, à des communistes. Étrange Hongkong. Po-yick, en dépit de son jeune âge, semblait parfaitement au courant des détours de la politique. Malko abandonna le problème et se perdit dans la contemplation des centaines d’embarcations sillonnant le chenal. Soudain, il sentit le regard de sa compagne posé sur lui et demanda :

— Pourquoi me regardez-vous ainsi ? Po-yick ouvrit la bouche puis fit, extasiée :

— Je… je regardais vos yeux et vos cheveux. Je ne savais pas que cela pouvait exister. Est-ce que vous êtes communiste ?



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