
— Pas jusqu’à maintenant.
La foule, derrière, poussait Malko en avant, en un mouvement silencieux et désespéré. Il comprit qu’il ne saurait rien de plus précis pour l’instant.
— Comment est-ce arrivé ? demanda-t-il encore.
Le visage du chef d’agence de la China Airlines se ferma instantanément : les compagnies ont horreur que leurs avions tombent.
— Nous ne savons rien encore, affirma-t-il. Il semble que l’appareil ait été en difficulté avant l’atterrissage. L’enquête est déjà commencée. Vous serez tenu au courant.
Malko se dégagea de la foule. La grosse Chinoise prit instantanément sa place, sans dire un mot. Les avions avaient recommencé à se poser et une longue file d’hindous faisait la queue devant les guichets de l’immigration tenus par de jeunes Chinoises impeccables et maussades. Dehors, des dizaines de projecteurs fouillaient les eaux sombres de la rade, à la recherche de problématiques survivants. Toute l’aire de l’accident avait été passée au peigne fin. Du Bœing 727, il ne restait que des débris informes de carlingue et un bout de dérive frappée de l’étoile bleue des Chinois nationalistes, le tout gardé par un soldat en armes, dans un hangar désaffecté.
Quant à Cheng Chang, il était soit à la morgue, soit entre deux eaux. Aucune des deux hypothèses n’arrangeait Malko. Les complications commençaient. Adieu les vacances paisibles au soleil. L’espace d’une seconde, il rêva qu’il était au coin du feu, dans son château. Un jeune Chinois le bouscula et le phantasme s’évanouit. Une petite pensée tenace et encore informe taraudait son cerveau, comme un insecte malfaisant : il y avait peu de coïncidences dans son métier. Et cela ne lui disait rien qui vaille que ce soit justement l’avion de Cheng Chang qui se soit écrasé. C’était pour le moins un hasard regrettable. Pour connaître les renseignements détenus par le Chinois, il n’y avait plus qu’à faire tourner les tables. Méthode peu prisée chez les barbouzes, même de luxe.
