
À son immense honte, Holy éprouva quelque chose qui ressemblait à un lâche soulagement. Pourtant, Cheng Chang était son ami depuis vingt ans et la femme qui se tenait devant lui avait froidement décidé sa mort.
Les yeux de Holy s’embuèrent de larmes. Mme Yao se tenait devant lui, les mains sur les hanches, pleine de mépris, le mufle en avant. Brusquement il eut une furieuse envie d’elle. Il passa sa langue sur ses lèvres sèches et promit humblement :
— Je ne le ferai plus.
Une seconde, ils restèrent à se dévisager sans parler. Holy Tong avala sa salive. Mme Yao était vraiment une femme fascinante. Personne ne savait qu’il était son amant. Et cela valait mieux. Car Mme Yao était le numéro un de l’organisation clandestine du parti. Autrement dit, la patronne des Services secrets de Hong-Kong, en remplacement du journaliste Feiming, jugé trop inféodé au maréchal Lin-piao, rival du président Mao. Elle était la seule personne de la colonie à pouvoir faire obtenir un visa pour la Chine rouge en deux heures. Officiellement, elle dirigeait le Cinéma Astor d’une main de fer. Un an plus tôt, alors qu’elle se plaignait d’un lumbago persistant, une amie lui avait recommandé Holy et ses aiguilles d’or.
Pleine de méfiance, elle lui avait rendu visite dans sa villa, sans aucune arrière-pensée. Depuis plusieurs années, Mme Yao avait sacrifié sa vie sexuelle au petit livre rouge, ayant perdu son mari tué dans une bagarre politique.
Lorsqu’il lui avait demandé d’ôter sa robe pour la soigner, elle l’avait sèchement averti :
— Ne me traitez pas comme vos femelles. Je suis ici pour que vous me guérissiez, et c’est tout.
Une heure plus tard, c’est elle qui l’avait presque violé.
À son intense satisfaction d’ailleurs.
