
— A-t-on retrouvé le corps de M. Cheng Chang ? Le colonel Whitcomb lissa sa moustache, rêveur.
— Puis-je vous demander, sir, fit-il d’une voix douce, pourquoi vous vous intéressez tellement à cette personne ?
La réponse de Malko était prête depuis deux jours et ses yeux dorés, tout aussi innocents que ceux du colonel :
— Mais certainement. Je suis venu à Hong-Kong repérer les extérieurs d’un film que ma maison de production a l’intention de tourner dans la colonie. M. Cheng Chang avait déjà travaillé pour moi et était porteur de papiers qui n’ont de valeur que pour moi, mais qui m’éviteraient de perdre un temps précieux.
« Mais vous-même, colonel, je suis flatté de l’intérêt que vous me portez…»
L’Anglais laissa tomber sèchement :
— Sir, lorsqu’un avion civil est saboté avec quarante-sept personnes à bord, il est du devoir des autorités de mener une enquête sérieuse. C’est ce que nous faisons.
— Effectivement, renchérit Malko, votre tâche ne doit pas être facile. Avec toutes ces bombes…
— Quelles bombes ?
Les yeux bleus étaient plantés dans les siens, Nelson à la bataille de Trafalgar. Il ne pouvait y avoir de bombes sur un territoire de Sa Majesté. Lorsque l’intérêt de la Couronne était en jeu, le colonel Archie Whitcomb, DSO
Ses amis anglais le présentaient comme un être admirable et exemplaire : un tiers apôtre, un tiers esthète, un tiers bienfaiteur de l’humanité. Un ange du Bon Dieu qui propageait dans les lointains territoires de la Couronne le message de feu la reine Victoria aux Chinois de bonne volonté.
