
Il y en avait, hélas, de moins en moins.
Certains Américains des Services spéciaux l’accusaient par contre de dénoncer aux communistes les Chinois de Taipeh qui se montraient trop remuants. Et d’avoir oublié pendant deux ans d’avertir ces derniers – en principe des alliés – que leur filière d’infiltration en Chine rouge, à partir de Hong-Kong, menait directement à la prison de Canton, où les espions étaient découpés en petits cubes ou achetés, selon leur rang.
Pour répondre à ces commérages vipérins, le colonel Whitcomb animait les cocktails du Cricket Club en racontant l’histoire récente d’un des responsables de la CIA de Hong-Kong, le capitaine Bliss. Sa marotte était de vouloir monter des maquis anticommunistes en Chine continentale. Tout le monde le savait. Un beau jour, il avait été contacté par un général de Taipeh, qui, sous le sceau du secret, lui avait confié avoir une petite troupe opérant à deux cents milles de Hong-Kong. Il lui avait même communiqué les fréquences radio utilisées par ce minimaquis. Bien entendu, le capitaine Bliss s’était rué sur les stations d’écoute. Oh ! miracle, on avait bien capté des messages d’un certain poste Radio-Chine libre, sans conteste anticommuniste. Les spécialistes de la gonio avaient situé l’émission sur la côte de Chine, près de la ville de Chik Chu.
Le lendemain, Bliss avait supplié le général d’accepter vivres, munitions, argent pour développer son maquis. L’autre s’était fait poliment prier, mais, un mois plus tard, il commençait à se faire construire à Formose une villa de vingt-six pièces avec piscine chauffée et rachetait des parts dans le plus important bordel de l’île. Sa fortune aurait été complète si des petits camarades jaloux n’avaient prévenu le capitaine Bliss que le « maquis » consistait en tout et pour tout en une jonque rapide, louée par le général, qui s’approchait un quart d’heure par jour des côtes pour émettre…
