Pour s’amuser, il s’arrêta et gara la VW devant la Bank of China, quartier général des communistes à Hong-Kong. C’était bien la seule banque au monde où il fallait montrer une carte du Parti communiste pour y entrer. Deux gardes en salopettes bleues barraient l’entrée. Le Hilton était de l’autre côté de Queen’s Road.

La première personne qu’il vit en sortant de l’escalator fut Po-yick, la jeune Chinoise qui l’avait aidé chez le tailleur.

Elle était assise sur une banquette, près du marchand de journaux. Accompagnée de la même camarade. Quand elle aperçut Malko, elle rajusta une des socquettes blanches et baissa la tête en se mordant les lèvres.

— Po-yick ! fit-il en riant. C’est gentil d’être venue me voir.

D’une voix à peine audible, la jeune Chinoise dit :

— J’ai oublié mes cahiers dans votre voiture. Malko se força à sourire. Il avait d’autres chats à fouetter.

— Vous pourriez revenir demain, Po-yick, demanda-t-il. Ma voiture n’est pas là pour le moment et je n’ai pas beaucoup de temps.

Po-yick se leva vivement. Ses yeux dansaient un ballet effréné pour ne pas rencontrer ceux de Malko.

— Je ne voulais pas vous déranger, murmura-t-elle. Sans dire au revoir, elle tourna les talons et s’éloigna dans le hall, flanquée de son inséparable copine. Brusquement Malko réalisa qu’elle semblait être tombée amoureuse de lui, comme on peut l’être à quatorze ans.

C’était touchant et frais, mais il n’avait pas le temps de la rattraper.

Ostensiblement il prit sa clé et monta dans l’ascenseur. La jolie liftière eut un sourire enjôleur. Une fois encore, il était le seul client. Beaucoup montaient à pied depuis la bombe.



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