Malko songea avec nostalgie à son confortable fauteuil de première. Après avoir volé plus de douze mille kilomètres, il se sentait à peine fatigué. À Copenhague, il avait eu le temps de prendre une douche et de se raser dans une des pièces de repos que la Scandinavian mettait à la disposition des passagers. Il avait horreur de voyager sale et mal rasé ; cela lui donnait des complexes, il se sentait une âme d’émigrant.

L’étape Copenhague-Tachkent avait passé comme une flèche. Agrémentée d’un somptueux repas qui aurait fait honte à bien des restaurants « trois étoiles ». Membre de la Chaîne des rôtisseurs, la plus vieille association gastronomique, les Scandinavian Airlines faisaient des prodiges en cuisine. Malko, en vieil Européen, y était particulièrement sensible.

Cette fois, il n’avait pas ressenti d’angoisse en posant le pied à Tachkent, où, comme David Wise l’avait dit, il avait pu s’offrir un kilo de caviar au prix d’un kilo de riz. Après, cela avait été la splendeur de l’Himalaya. Le grand Super-DC-8 glissait silencieusement à douze mille mètres, sans une secousse, le long de l’immense chaîne enneigée. Spectacle féerique. La voisine de Malko, une sculpturale Suédoise, poussait des cris d’admiration en maniant fiévreusement sa caméra. Cela avait été le début d’un agréable flirt, qui s’était terminé au-dessus de Rangoon : elle s’était endormie sur l’épaule de Malko, imprégnant sa veste d’alpaga de parfum. Pas trop de regrets, elle allait à Djakarta.

Clignant des yeux, derrière ses éternelles lunettes noires, sous l’effroyable soleil, il vit venir vers lui une gracieuse Thaï de la Thai International.

— Le prince Malko Linge ? demanda-t-elle en anglais gazouillant.

Il ne sut jamais comment elle l’avait reconnu.

— C’est moi.

— Nous avons reçu le télex de la Scandinavian. Votre place est retenue sur notre Caravelle de Hong-Kong qui part dans une heure et demie. Donnez-moi vos tickets de bagages, je vais m’en occuper.



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