
Malko ouvrit l’enveloppe, jeta un coup d’œil sur le billet d’avion et sursauta : il décollait le soir même de New York par le vol Scandinavian Airlines 912 à destination de Copenhague, où il arriverait le lendemain matin à neuf heures…
— Vous ne perdez pas de temps, remarqua-t-il. David Wise s’excusa d’un sourire.
— C’est dans votre intérêt. La comptabilité vous avait réservé sur la Panam par la route du sud : Francfort, Zurich, Rome, Beyrouth, Téhéran, Karachi, New Delhi, Bangkok. C’est interminable. Vous seriez arrivé au bord de la dépression nerveuse. Je vous ai pris une première sur la nouvelle ligne de la Scandinavian, le Transasian, via Copenhague et Tachkent. Vous changez d’avion une fois à Bangkok. Et vous gagnez huit heures, je crois que c’est appréciable…
» Seulement, le Transasian, comme ils l’appellent, n’opère que trois jours par semaine, lundi, mercredi et samedi. Il fallait que vous partiez ce soir. Je connais vos goûts de luxe, mon cher prince Malko. À Tachkent, vous pourrez faire votre marché : caviar et cette vodka russe que vous aimez tant…
Les yeux d’or de Malko pétillèrent de mille paillettes. Il aimait bien David Wise, et savait que l’Américain enviait secrètement ses titres et son élégance. Ce dernier, au moment de serrer la main de Malko, fit :
— Une dernière question : où avez-vous fait couper le costume que vous avez sur le dos ?
Malko faillit éclater de rire :
— Je vous le dirai à mon retour, répondit-il en s’éloignant dans le couloir. Ainsi vous penserez un peu à moi. Vous avez raison de vouloir un bon tailleur : un homme qui s’habille comme un gentleman est déjà un peu un gentleman.
Sur cette flèche du Parthe, il s’engouffra dans l’ascenseur.
En franchissant la porte avant du super DC-8 des Scandinavian Airlines, Malko eut l’impression d’entrer de plain-pied dans un bain de vapeur. C’était la fin de la saison des pluies à Bangkok et l’aéroport de Don-muang était écrasé d’une chaleur lourde et humide. En dix pas, on était trempé.
