Le Bœing était à moitié vide. Les China Airlines opéraient depuis trois mois seulement entre Formose et Hong-Kong et n’arrivaient pas encore à concurrencer les luxueuses Caravelle et l’impeccable service de leur concurrent, la Thai International. À côté du Chinois, une jeune femme, boudinée dans un cheong-sam de soie noire, dormait la bouche ouverte, son vêtement remonté haut sur ses cuisses. Cheng loucha une seconde, avant d’attacher sa ceinture de sécurité. Brusquement il plongea le bras sous son siège : un peu plus il oubliait la boîte de chocolat.

C’est tout ce qu’il rapportait de Formose et il en ressentait une certaine amertume. En raclant ses derniers dollars pour payer son billet d’avion, il avait rêvé de revenir à Hong-Kong les poches pleines de billets, après avoir été accueilli à bras ouverts par les agents de Taipeh. Il s’était fait tout un cinéma, le naïf Cheng Chang.

Il soupira. Le Bœing vira sur l’aile et se prépara à se glisser entre les dangereuses collines de Hong-Kong. Ce qui ne troubla pas la rêverie morose du Chinois.

La réalité avait été bien différente de ses rêves. Il avait été reçu dans un bureau minable, par un capitaine à la tenue maculée de taches de graisse, qui l’avait à peine écouté et l’avait prié de revenir deux jours plus tard. Cheng Chang, connaissant les usages du Kouo-min-tang, avait discrètement fait comprendre que, si son information était payée au juste prix, son interlocuteur en recevrait une part méritée.

Son discours avait été accueilli par un silence glacial, ce qui était mauvais signe. Pendant deux jours, il avait tourné en rond dans Formose, n’ayant même pas assez d’argent pour profiter des bordels aussi nombreux que les arbres de l’île. Lorsqu’il s’était retrouvé en face de son interlocuteur, il avait tout de suite compris que cela ne marchait pas. L’officier lui avait dit sèchement que les Services de renseignement du généralissime Tchang Kaï-chek n’avaient que faire des racontars d’un ver de terre de son espèce.



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