Avanie suprême, le capitaine ne lui avait même pas offert de thé ! Il ne s’était radouci que pour tendre à Cheng Chang, cassé en deux, une énorme boîte de chocolats, lui demandant comme un service de la remettre à une de ses parentes à Hong-Kong. L’adresse était sur la boîte.

Cheng Chang n’avait pas osé contrarier un aussi puissant personnage et avait pris la boîte.

Sa ceinture de sécurité solidement attachée, le Chinois caressa amoureusement du regard la grande boîte posée sur ses genoux. Vu son poids, elle devait contenir au moins trois rangées de chocolats. L’eau lui en venait à la bouche. Il y a longtemps qu’il n’avait pas eu les moyens de s’offrir une telle douceur. Les affaires allaient mal. Cheng Chang possédait un minuscule bureau dans une ruelle de Kowloon et servait d’homme à tout faire aux producteurs de cinéma venant tourner à Hong-Kong. Avec sa vieille serviette de cuir marron, bourrée de paperasses, ses yeux globuleux et son sourire ineffaçable, il gagnait gentiment sa vie, jusqu’au moment où les communistes avaient commencé à jeter des bombes un peu partout.

Les producteurs s’étaient envolés presque aussi vite que les milliardaires chinois de Repuise Bay. Cheng avait dû liquider les deux jeunes Chinois qui l’aidaient, gardant une secrétaire squelettique. Heureusement le téléphone était gratuit. Il en était réduit à conduire les rares touristes du Hilton ou du Mandarin dans les fumeries d’opium prétendument clandestines de Wan-chai. Ce qui laissait tout juste de quoi acheter un bol de riz par jour.

Cheng Chang soupira en regardant les chocolats.

Il ne demandait pas beaucoup à la vie. Durant les derniers jours, il avait échafaudé des plans pour son avenir. Racheter la fabrique de perruques d’un de ses amis. Il fallait cinquante mille dollars Hong-Kong. Cela lui rapporterait de quoi vivre tranquillement. Sans compter les trente jeunes ouvrières sur lesquelles il pourrait exercer un juteux droit de cuissage.



10 из 206