
Mais j’ai l’habitude de prendre un petit déjeuner complet ; car je crois qu’une bonne dose de peptone dans les artères au début de la journée est essentielle au fonctionnement efficace de la vigoureuse machine humaine. Et cette journée risquait de devenir l’une des plus éprouvantes que j’eusse affrontées de ma vie. Refoulant donc mes réticences, je terminai mon assiette, mâchant résolument le lard jusqu’au bout.
Le petit déjeuner achevé, je revêtis un complet d’été, léger mais pratique. Ainsi que je crois l’avoir dit à mes compagnons lors du dîner de la veille, il m’était devenu évident, au cours de ma dégringolade dans le temps, que l’hiver avait été banni du monde de l’an 802 871, sans que je pusse dire si c’était à la suite d’une évolution naturelle, d’une planification géogonique ou d’une modification opérée sur le Soleil lui-même. Je ne devrais donc pas avoir besoin de pardessus d’hiver ni d’écharpe dans l’avenir. Je pris un chapeau pour protéger du soleil futur la pâleur britannique de mon front et dénichai mes bottes de marche les plus robustes.
J’empoignai un petit havresac puis commençai à me démener dans toute la maison, pillant placards et tiroirs à la recherche de l’équipement que j’estimai indispensable à mon second voyage, sous les yeux inquiets de la pauvre et patiente Mme Watchets qui, j’en suis sûr, avait depuis longtemps consigné ma santé mentale aux brumes de la mythologie ! Conformément à mon habitude, j’étais dans une hâte fiévreuse de partir, et pourtant j’étais décidé à ne pas être aussi impétueux que la première fois, lorsque j’avais traversé huit mille siècles avec comme seule protection une paire de pantoufles et une unique boîte d’allumettes.
Je bourrai mon havresac de toutes les allumettes que je pus trouver dans la maison et j’expédiai même Hillyer chez le buraliste pour acheter des boîtes supplémentaires.
