
À présent, me demandai-je, étais-je prêt ? Je sollicitai l’avis de la pauvre Mme Watchets, bien qu’évidemment je ne voulusse pas lui dire où j’avais l’intention de partir en voyage. Cette brave femme – flegmatique, bornée, remarquablement laide et pourtant dotée d’un cœur fidèle et imperturbable – jeta un coup d’œil à l’intérieur de mon havresac, tout bourré qu’il était, et leva un sourcil menaçant. Puis elle alla dans ma chambre, d’où elle ramena des chaussettes et des sous-vêtements de rechange et – là, j’aurais pu l’embrasser ! – ma pipe, un jeu de cure-pipes et le pot à tabac qui se trouvait sur la tablette de ma cheminée.
C’est ainsi, avec mon mélange habituel d’impatience fiévreuse et d’intelligence superficielle – et une confiance infinie dans la bonne volonté et le bon sens d’autrui – que je me préparai à retourner dans le temps.
Mon havresac sous un bras et mon Kodak sous l’autre, je me dirigeai vers mon laboratoire, où m’attendait la Machine. Lorsque j’atteignis le fumoir, j’eus la surprise de découvrir que j’avais un visiteur : l’un de mes invités de la veille et peut-être mon ami le plus intime, celui que j’ai tantôt dénommé l’Écrivain. Il se tenait au centre de la pièce, dans un complet mal coupé, la cravate nouée à la diable, les mains pendant gauchement le long du corps. Je me rappelai une fois de plus que, de tous les amis et connaissances que j’avais rassemblés autour de moi pour servir de premiers témoins à mes exploits, c’était ce jeune homme grave qui m’avait écouté avec la plus grande intensité, dans un silence vibrant de sympathie et de fascination.
Je fus extrêmement heureux de le voir et lui sus gré d’être venu – de ne pas avoir à mon endroit ce dédain que d’autres auraient pour un excentrique après ma prestation de la veille. En riant, chargé comme je l’étais de mon sac et de ma chambre, je lui tendis un coude ; il saisit cette articulation et la secoua solennellement.
