
Svengaard plaça le microscope électronique au-dessus de l’éprouvette des Durant et le régla sur un grossissement minimum afin de réduire l’interférence d’Heisenberg. Une vérification supplémentaire ne ferait de mal à personne ; avec un peu de chance, il réussirait peut-être à localiser la cellule mère, ce qui simplifierait la tâche de Potter. Mais en se penchant sur le microscope, Svengaard savait qu’il se donnait de bonnes raisons. En réalité, il ne pouvait résister à la tentation d’observer de nouveau cette morula qui pouvait engendrer, d’où naîtrait peut-être un Optimhomme. Les miracles se faisaient si rares. Il brancha l’appareil et effectua la mise au point.
Il eut un soupir.
À faible grossissement, la morula semblait reposer dans un calme total ; la stase réduisait toutes les pulsations. En dépit de cet état de somnolence, elle paraissait très belle ; elle n’avait guère conservé de traces des batailles qui s’étaient livrées en elle.
Svengaard, qui s’apprêtait à augmenter le grossissement, arrêta son geste. Un agrandissement trop important présentait des dangers, mais Potter saurait bien corriger les minces résidus d’interférence. La tentation se fit plus forte.
Il doubla le grossissement.
Et il le doubla encore.
L’agrandissement réduisait toujours l’aspect de la stase. Des mouvements apparaissaient ; des scintillements semblables à des étoiles filantes se dessinaient dans l’arrière-plan encore flou. À la surface de cette arène bouillonnante surgissait la triple spirale de nucléotides qui l’avait poussé à appeler Potter. Presque un Optimhomme. Presque l’achèvement unique, l’équilibre de la forme et du contenu qui, grâce à un dosage soigneusement calculé d’enzymes, pourrait bénéficier du don de la vie et de l’immortalité.
Un sentiment de frustration envahit Svengaard. Sa propre dose d’enzymes, tout en le maintenant en vie, le menait inéluctablement à la mort. C’était le sort commun de tous les hommes. Leur espérance de vie était de deux cents ans, plus parfois… mais à la fin, l’équilibre des échanges se rompait pour tous, sauf pour les Optimhommes. Ils étaient parfaits, uniquement limités par leur stérilité physique. Mais c’était là le sort de bien des humains, qui n’entamait en rien leur immortalité.
