Les Durant furent aspirés dans son sillage.

Le médecin reporta son attention sur l’éprouvette.

Il y avait tant à faire : Potter, le spécialiste du Centre, devait arriver dans moins d’une heure… et il n’apprécierait guère ce qui se passait. Les gens comprenaient si mal les affres des médecins. La préparation psychologique des parents dévorait une grande partie d’un temps précieux… tout en compliquant les problèmes de sécurité. Svengaard se remémora les cinq instructions « À détruire après lecture » qu’il avait reçues le mois dernier de la part de Max Allgood, le patron de la Sécurité du Centre. C’était inquiétant : il semblait qu’un nouveau danger mettait la Sécurité sur les dents.

Cependant le Centre insistait pour que s’instaure le dialogue avec les parents. Svengaard se doutait bien que les Optimhommes avaient de bonnes raisons pour agir comme ils le faisaient ; ils ne laissaient rien au hasard ou presque. Parfois, il avait lui-même l’impression d’être comme un orphelin, une créature sans ancêtre ni passé. Pour s’arracher à ces moments de dépression, il lui suffisait de se rappeler la devise : Eux nous dirigent, eux nous aiment, eux prennent soin de nous. Eux tenaient le monde dans leurs mains, ils avaient soigneusement planifié l’avenir : une place pour chaque homme, chaque homme à sa place. On avait délaissé momentanément quelques-uns des plus vieux rêves de l’humanité comme la conquête spatiale, l’exploitation des ressources maritimes ou la résolution des grands problèmes philosophiques au profit de réalisations plus urgentes. Leur tour viendrait, le jour où on aurait résolu les mystères de la manipulation génétique.

En attendant, le travail ne manquait pas pour les bonnes volontés : il fallait maintenir le nombre des travailleurs, endiguer les déviations de toutes espèces et entretenir le magma génétique d’où provenaient les Optimhommes eux-mêmes.



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