« Et si j’optais pour l’imitation ? Qui s’appesantira… Et puis si quelqu’un découvre la supercherie, la compagnie toute-puissante écartera aisément les désagréments. Ce sera alors la gloire et l’argent. Et il n’y aura plus à payer le dédit. »

Mais Chalmers écarta immédiatement cette idée. Ce n’était pas un charlatan et il n’était pas question qu’il le devienne.

Maussade, le professeur errait sans but dans l’immense laboratoire désert (Chalmers n’avait pas de collaborateurs, il préférait travailler avec des manipulateurs), s’arrêtant tantôt devant des rayonnages sur lesquels étaient rangés des blocs de mémoire, tantôt devant des conduits d’ondes formant des bouquets insolites, tantôt devant la chambre dans laquelle étaient élevées les cellules protéiques de la mémoire du robot.

« Charlie s’est quand même attaché à moi, se dit Chalmers. Par exemple, il vient vers moi plus volontiers que vers un autre. Pourquoi alors il ne manifeste jamais ses sentiments, ne fut-ce que dans une forme primitive ? C’est qu’il avait beaucoup lu sur ce sujet, vu d’innombrables films spécialement sélectionnés. »

John avait rappelé la conversation qu’il avait eue la veille avec Charlie, après laquelle il avait décidé d’avoir une explication avec Wilnerton.

— Pourquoi caches-tu toujours ta joie ou ta tristesse, Charlie ? demanda le professeur.

— A quoi bon la montrer, répondit sereinement le robot scintillant de toutes ses cellules photoélectriques.

— Comment ça, à quoi bon ? demanda Chalmers décontenancé.

— L’expression des sentiments réclame beaucoup trop d’énergie, expliqua Charlie, c’est pourquoi elle est superflue. Il importe de s’en tenir au principe du minimum d’actions.

« Il a peut-être raison à sa façon », se dit le professeur toujours plongé dans ses réflexions.

— Non, jamais, dit Chalmers à haute voix. Mais comment expliquer cela à Charlie ?



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