– Je parle pour plus tard.


– Ah! dame! Il est certain qu’à la longue…


– Et vous, vous allez rentrer à Paris?


– Pour quelques jours, avant de partir à la mer.


– Retrouver vos amis, votre club, vos maîtresses…


– Mes maîtresses! Comme vous y allez!


– Ne vous en défendez pas, c’est si naturel pour un homme!


– Alors, mettons ma maîtresse et n’en parlons plus.


– Jolie?


– Très jolie… et d’un désintéressement!


– Vous me croirez si vous voulez, baron, mais je n’ai pas le courage de blâmer ces femmes-là.


– Moi non plus, dit le baron.


– Elles n’ont peut-être pas une réputation intacte, mais elles sont déshonorées dans des conditions si charmantes! Et puis, elles mènent une existence pleine d’imprévu et de mouvement, tandis que nous!… Le rêve, voyez-vous, baron, ce serait de concilier les vieilles vertus familiales de nos provinces avec une vie un peu accidentée… Mais c’est bien difficile.


– On finira par trouver une combinaison.


– Que de fois il m’arrive de songer à tout cela quand je suis seule, dans le parc, à me promener silencieusement… La solitude m’oppresse, mon esprit se perd en des rêves insensés, un trouble étrange m’envahit…


– Et alors, qu’est-ce que vous faites? demanda le baron, après un instant de silence.


Arabella poussa un gros soupir et murmura, non sans avoir légèrement rougi:


– Je fais de la gymnastique.


M, de Chaville s’approcha:


– Je parie qu’Arabella te raconte ses malheurs.


– Pas du tout. Mlle Arabella ne m’a pas encore donné cette marque de confiance. Je le regrette.


– N’écoutez pas Hubert, baron, il se moque de moi.


D’ailleurs, ici, tout le monde se moque de moi.


– On ne se moque pas de toi, Arabella. On te plaisante un peu parce que tu es terriblement romanesque…



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