– M. Guilloche a donc un parti? demande le baron.


– Parfaitement! vous pouvez contempler en M. Guilloche le chef du parti révolutionnaire de notre ville, un parti qui compte dix-sept membres. Chaque fois que M. Guilloche se présente aux élections, il a dix-huit voix à Montpaillard: les dix-sept voix des révolutionnaires plus la sienne. La dernière fois, il n’a eu que dix-sept voix parce qu’un révolutionnaire était malade.


– Dix-sept révolutionnaires sur une population de dix mille habitants! concilia le baron, il n’y a pas encore péril en la demeure. Mais, dites-moi, mon cher Guilloche, quelle drôle d’idée pour un homme bien élevé comme vous de vous mettre dans ce parti-là?


M. Dubenoît ne laissa pas au jeune homme le temps d’exprimer son amour ardent de l’humanité, sa folie de sacrifice pour les déshérités. Il s’écria:


– Comme tous ses pareils, Me Guilloche n’est qu’un ambitieux, un de ces ambitieux qui n’hésiteraient pas à provoquer des attroupements dans la rue pour devenir quelque chose dans le gouvernement!


– Pardon, mon cher Dubenoît…


Mais devant la réprobation unanime de l’assemblée hostile aux discussions politiques et religieuses, la conversation bondit sur divers autres tapis.


Des groupes se formèrent; Arabella causait avec le baron:


– Mademoiselle, assurait ce dernier je me permettrai de n’être point de votre avis. Cette petite ville de Montpaillard n’est nullement désagréable, je vous affirme. Depuis une huitaine de jours que je l’habite, je ne m’y suis pas ennuyé une minute.


– Si vous y étiez comme moi depuis… depuis vingt et quelques années, vous parleriez autrement. Enfin, ce qui est fait est fait. Je terminerai ma vie ici entre mes cousines et mon cousin, comme une vieille fille.


– Oh! mademoiselle! protesta galamment le baron.



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