
Personne qui la comprenne! Chacun, au contraire, toujours prêt à sourire d’elle!
Et puis, dans cette existence sempiternellement la même, morne et plate, pas l’ombre de la plus mince aventure!
Les seuls reflets de vie sentimentale, d’existence passionnelle, elle les trouve – mais apâlis par l’évidente fiction du poète, par sa propre inconnaissance des héros – dans les romans ou les journaux qui lui viennent de Paris chaque jour.
Oh! être mêlée à l’un de ces drames, même comme victime!
Oh! recevoir sur la figure du vitriol que vous projetterait une jalouse; ce serait encore du bonheur! Ce serait vivre, au moins!
Arabella s’ennuie.
Un jour, phénomène assez rare, il se trouva dans le courrier des Chaville une lettre pour elle.
– Je ne connais pas cette écriture-là, murmura-t-elle, en lisant la suscription.
Et elle ne put s’empêcher de frémir Bien que peu versée dans la graphologie, Arabella avait deviné sur l’enveloppe l’écriture d’un homme, d’un homme amoureux, d’un homme pas banal.
Énigmatique instinct? mystérieuse télépathie? quoi au juste? En sait-on rien, mais quelque chose, à ce moment, avertit notre amie que cette lettre, cette lettre qui lui brûlait les doigts, allait avoir sur sa destinée une influence définitive.
Un grand battement de cœur la prit et ses mains tremblèrent à ce point qu’elle dut attendre plusieurs minutes avant de décacheter l’inquiétante missive.
Trois lignes seulement:
«Mademoiselle,
«Il est de la dernière urgence que vous le sachiez: il y a un homme qui vous aime dans l’ombre.
«Un désespéré»
Arabella ferma les yeux, croyant rêver.
– Un homme qui m’aime dans l’ombre! murmura-t-elle avec une voix dans le genre de celle de Sarah Bernhardt. Il y a un homme qui m’aime dans l’ombre!
