
Deux phares seuls guident l’esquif de la conduite de Parju sur l’océan du devoir: exécution fanatique de la consigne donnée, quelle que soit cette consigne, vénération excessive du supérieur représentant l’Autorité, quel que soit le supérieur et quelle que soit cette autorité.
Qu’on me permette une courte mais sage réflexion: Si notre pauvre cher fou de pays ne comptait que des citoyens dans le genre de Parju (Ovide), il y aurait encore de beaux jours pour la France!
La veille de cette nuit sans constellation, M. Dubenoît avait rencontré le garde.
– Bonsoir, Parju, rien de neuf?
– Rien de neuf, monsieur le maire.
– Parfait! tâchez que cela continue. S’il n’y a rien de neuf d’ici la fin de l’année, je vous ferai avoir une gratification.
«Ouvrez l’œil et le bon, la nuit comme le jour. Faites des rondes, Parju, faites des rondes de jour, faites des rondes de nuit, de nuit surtout; bonsoir, Parju.
– Bonsoir, monsieur le maire, vous pouvez dormir tranquille, je ferai des rondes comme s’il en pleuvait; j’vas commencer par en faire une c’te nuit.
Parju exécuta sa promesse.
Laissant le souci de l’ordre de Montpaillard-ville aux quelques agents de police citadine que ce soin concerne, Parju visa plus spécialement la périphérie urbaine ou, pour être moins poseur, la partie rurale de la commune.
C’était une nuit sombre, ai-je dit plus haut, mais c’est une nuit plus silencieuse encore.
De temps en temps Parju s’arrête, dresse une oreille d’Apache et ne perçoit d’autre bruit que le tic-tac de sa massive et ancestrale montre d’argent.
Il continue sa route.
Le voilà arrivé tout près de la propriété des Chaville.
