
Malheureusement la philosophie de Blaireau ne l’empêchait pas d’être en butte à deux haines farouches.
La haine du maire de Montpaillard, M. Dubenoît, qui se refusait à admettre, d’abord, qu’une honnête cité comme la sienne pût donner asile à un personnage aussi peu régulier; ensuite et par reflet l’hostilité du sieur Parju (Ovide), déjà nommé.
Quand la conversation entre le maire et le garde champêtre tombait par hasard sur ce Blaireau de malheur:
– Eh bien! Parju, quand est-ce que vous me le coffrerez, ce mauvais gars-là?
– Je l’voudrais bien, monsieur le maire, mais c’est qu’il est malin comme le diable!
– Je le sais, mon ami, je le sais. Ah! si c’était lui qui fût garde champêtre et que vous fussiez Blaireau, il y a belle lurette qu’il vous aurait pincé, mon pauvre Parju!
– Ah! pour ça, monsieur le maire, riait bêtement Parju, y a des chances.
Aussi, quand, dès l’aurore, Parju s’en vint conter à M. Dubenoît sa mésaventure de la nuit, tentative d’arrestation d’un malfaiteur, résistance de ce dernier qui s’enfuit sans laisser d’adresse, mais en emportant la plaque sacrée, M. Dubenoît s’écria de suite:
– Ça, c’est du Blaireau tout pur. Coffrez-moi Blaireau.
– Mais, monsieur le maire…
– Il n’y a pas de monsieur le maire. Coffrez-moi Blaireau au plus vite.
Parju tenta encore quelques timides observations car, enfin, arrêter un homme contre lequel ne se dresse aucune charge sérieuse, c’était grave.
M. Dubenoît reprit avec autorité:
– Suis-je le maire de Montpaillard? Ou si c’est vous, Parju?
– C’est vous monsieur le maire, qui êtes le maire.
– Eh bien alors! Coffrez-moi illico Blaireau, vous dis-je. Il n’y a que Blaireau dans la commune capable d’avoir fait ce mauvais coup.
