
– Bien, monsieur le maire.
– Allez, Parju, faites votre devoir. Je me charge du reste.
Et M. Dubenoît se chargea, en effet, si bien du reste, comme il disait, que ce pauvre diable de Blaireau fut, avec une incroyable prestesse, mis en état d’arrestation et condamné à trois mois de prison.
Ajoutons que M. le maire fut puissamment aidé dans cette œuvre de haute justice par son ami M. Lerechigneux, président du tribunal de Montpaillard.
Quant à Parju, convenablement stylé par le maire, il affirma, sans sourciller reconnaître positivement son agresseur. (Parju, répétons-le, ne connaît que sa consigne.) Blaireau, oubliant un instant sa vieille philosophie, se démena comme un diable dans un bénitier offrit d’établir un alibi, protesta sauvagement de son innocence, rien n’y fit.
– Les protestations d’innocence et les alibis, déclara M. le président, voilà à quoi nous reconnaissons les coupables de profession. Blaireau, le tribunal vous condamne à trois mois de prison.
– N… de D… de bon D… de tonnerre de D…! c’est trop fort, à la fin!
– Votre mauvaise humeur, Blaireau, ne perdrait rien à s’exhaler en termes moins blasphématoires. Un mot encore, Blaireau…
– Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?
– Le tribunal aurait été heureux de vous faire bénéficier de la loi Bérenger mais il a pensé que, de vous-même, et depuis trop longtemps, vous vous étiez appliqué plus de sursis que la magistrature tout entière de notre pays ne saurait vous en accorder
– Comment cela?… Qu’est-ce que vous voulez dire?
– Je m’explique: malgré tous vos méfaits antérieurs, c’est la première fois que vous vous trouvez en réel contact avec la justice…
– Des méfaits! j’ai commis des méfaits, moi! Jamais de la vie!
– Ce n’est pas à moi, mon cher Blaireau, qu’il faut venir raconter ces sornettes! À moi, qui plus de vingt fois vous ai acheté du gibier en temps prohibé. Gendarmes, emmenez le condamné.
