– Révolutionner tout le pays!


M. Dubenoît venait d’entendre cette phrase terrifiante: Révolutionner le pays!


– Halte-là, monsieur le baron! Révolutionner Montpaillard, vous n’y songez pas!


– Oh! avec une fête de charité.


– Avec une fête de charité ou avec toute autre cérémonie, il ne faut pas troubler les cités tranquilles. Or, Montpaillard est la commune la plus tranquille de France, et tant que j’aurai l’honneur d’être maire…


– Oui, interrompit Guilloche, nous connaissons le reste. Ce n’est pas de la ville de Montpaillard qu’on aurait dû vous nommer maire, monsieur Dubenoît, mais d’un banc de mollusques!


– J’aimerais mieux cela que d’être à la tête d’une cité de désordre. Et puis votre fête de charité, au bénéfice de qui?


– Mais au profit des pauvres du pays, proposa le baron.


– Il n’y a pas de pauvres dans le pays. Tout le monde y jouit d’une modeste aisance.


– N’avez-vous pas eu, il y a quelque temps, une catastrophe?…


– Une catastrophe? Il n’y a jamais eu de catastrophe à Montpaillard, et tant que je serai maire…


– Il n’y aura pas de catastrophe, c’est entendu. Et une épidémie, vois n’auriez pas eu une petite épidémie?


– Jamais!


– Diable, c’est ennuyeux! Et les victimes de l’hiver, vous avez bien par-ci par-là quelques victimes de l’hiver?


– L’hiver ne fait jamais de victimes à Montpaillard… Au contraire.


– Pas de chance… Si on bâtissait un hospice pour les vieillards?


– Nous en avons un qui date de Vauban et qui est encore tout neuf.


– Cela est fort regrettable! Cherchons encore.


– Cherchez, s’obstinait M. Dubenoît; cherchez, vous ne trouverez rien. Il n’y a dans Montpaillard aucune sorte de victimes.


– Alors, nous ferons notre fête au profit des victimes étrangères, j’en ai bien organisé, moi qui vous parle, au bénéfice des incendiés du Niagara.



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