
Laissons, si vous voulez bien, ces deux cœurs tendres s’épancher à l’ombre du trapèze et revenons dans le parc, nous mêler aux groupes des invités.
M. le baron de Hautpertuis est entouré de jeunes hommes et de jeunes filles.
Les jeunes hommes admirent la tenue à la fois si sobre et si élégante du distingué Parisien.
Oh! cette cravate! Oh! la coupe de cette jaquette! Oh! le cordon de ce monocle!
Et ils rêvent, les bons jeunes hommes! Ah! Paris! Décidément, il n’y a qu’à Paris où l’on sait s’habiller.
Les jeunes filles prodiguent au baron les plus délicieux sourires de leurs vingt printemps.
Elles ont quelque chose à lui demander mais aucune n’ose se risquer la première.
– Toi, Lucie, parle!
Lucie se décide et, non sans une charmante gaucherie:
– Si vous étiez bien gentil, baron, dit-elle, vous ne savez pas ce que vous feriez?
– Ma chère enfant, si je ne faisais pas tout pour vous être agréable, je serais un monstre fort hideux.
– Eh bien! vous devriez nous organiser quelque chose.
– Vous organiser quelque chose? C’est un programme bien vague, cela, mademoiselle Lucie.
– Une fête, une belle fête, comme à Paris.
– Une fête de charité, par exemple?
– Oui, c’est cela, une fête de charité, ici, dans le parc.
– Excellente idée! Mais au bénéfice de qui?
– Nous ne savons pas encore, mais on trouverait facilement.
– Détrompez-vous, mademoiselle, il est quelquefois fort malaisé de trouver des victimes, j’entends des victimes pour fêtes de ce genre.
– Oh! en province, nous ne sommes pas si difficiles qu’à Paris.
– Mesdemoiselles, je suis heureux de me mettre à votre disposition. Nous allons organiser tout ce qu’il y a de mieux dans ce genre, une fête qui va révolutionner tout le pays!
