Ses yeux bruns sont ceux d’un amant et son air de fatigue révèle le héros provisoirement las de s’être longtemps colleté avec le Destin. On sent qu’il a les bras rompus, comme disait Baudelaire, pour avoir étreint des nuées.


Telle est du moins la vision qu’en éprouvait Arabella.


À plusieurs reprises, les regards de nos deux héros se rencontrèrent, et du bonheur pouvait s’y lire et de l’espoir.


La demie sonna au beffroi proche: le moment où la leçon de gymnastique prenait fin.


Toute droite, de ce roidissement qu’affectent les personnes à brusque détermination, Arabella tendait la main à son professeur:


– Mon cher Fléchard, au revoir et soyez bien persuadé que je ne vous oublierai pas pendant tout le temps que nous allons être séparés!


– Séparés?


– Hélas! oui. Pendant que vous serez en prison, mon ami.


– En prison?


Le pauvre Fléchard sembla subitement inquiet. Arabella n’allait-elle pas exiger qu’il se dénonçât, maintenant! C’était pousser le romanesque un peu loin.


– En prison?


– Mais quelle que soit la sévérité de vos juges, mon cher ami, le tribunal de mon cœur vous a déjà acquitté.


– Croyez-vous que ce soit bien utile, mademoiselle, que j’aille me dénoncer?


– Il le faut!… Quoi de plus beau que d’affronter les tribunaux et la prison pour celle qu’on aime!


– Oui, en effet, c’est beau, c’est très beau! Mais vous savez bien maintenant que je suis capable de les affronter, n’est-ce pas? C’est l’important! Gardons cela entre nous, causons-en, si vous voulez, de temps en temps, mais pourquoi le crier à tout le monde?


– Il faut accomplir le sacrifice jusqu’au bout, Fléchard!… Et puis, ce pauvre Blaireau est innocent. Rendez-lui son honneur.


Le professeur se permit de ricaner:



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