– Eh bien! moi, je ne fume que les puros à monsieur.


– Cela vaut mieux que les purotinos que vous pourriez vous offrir vous-même.


Cette fois, Placide, ayant saisi, éclata d’un gros rire:


– Farceur va!


– Et Mlle Arabella, Victor quand prendrez-vous la peine de l’aviser de ma présence?


– Mlle Arabella joue au tennis en ce moment, avec les jeunes gens et les jeunes filles. C’est la plus enragée du lot. Vieille folle, va!


Jules Fléchard s’était levé tout droit; visiblement indigné du propos de Placide, il foudroyait le domestique d’un regard furibond:


– Je vous serai obligé, mon garçon, tout au moins devant moi, de vous exprimer sur le compte de Mlle Arabella en termes respectueux… Mlle Arabella n’est pas une vieille folle.


«Elle n’est ni folle, ni vieille.


– Ce n’est tout de même plus un bébé. Trente-trois ans!


– Elle ne les paraît pas. Là est l’essentiel.


Éreinté par cette brusque manifestation d’énergie, le professeur de gymnastique se rassit, le visage de plus en plus ruisselant, puis d’un air triste:


– Alors, vous croyez que Mlle Arabella ne prendra pas sa leçon de gymnastique aujourd’hui?


– Puisque je vous dis que quand elle est au tennis, on pourrait bombarder le château que ça n’arriverait pas à la déranger.


(Placide aimait à baptiser château la confortable demeure de ses maîtres.)


– Alors, tant pis! retirons-nous.


Et la physionomie de Jules Fléchard se teignit de ce ton gris, plombé, pâle indice certain des pires détresses morales.


De la main gauche, alors, prenant son chapeau, notre ami le lustra au moyen de sa manche droite, beaucoup plus par instinct machinal, croyons-nous, qu’en vue d’étonner de son élégance les bourgeois de la ville.




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